Les temples d’Abou Simbel incarnent l’un des sauvetages archéologiques les plus extraordinaires de l’humanité. Taillés dans la montagne au XIIIe siècle av. J.-C., ces monuments, menacés par la montée des eaux du lac Nasser dans les années 1960, ont été découpés, déplacés et reconstruits entre 1964 et 1968. Une prouesse technique où 1 036 blocs de 20 à 30 tonnes ont été transportés 65 mètres plus haut et 200 mètres plus loin, préservant ainsi leur alignement astronomique avec une précision remarquable.
Au-delà de ce sauvetage, Abou Simbel est un témoignage exceptionnel de l’Égypte antique, un hommage à Ramsès II et à son épouse Néfertari, et un calendrier solaire d’une ingéniosité rare.
Ramsès II, l’un des pharaons les plus puissants de l’Égypte ancienne, n’a pas choisi la Nubie par hasard. Cette région, riche en or et en ressources précieuses, était un territoire stratégique sous domination égyptienne. Construire un temple monumental ici était un message politique clair :
• Affirmer la puissance égyptienne face aux Nubiens.
• Marquer la frontière méridionale de l’empire, près de la deuxième cataracte du Nil.
• "Égyptianiser" les populations locales en imposant la culture et la religion égyptiennes.
Assouan, située au nord de la première cataracte, était la porte d’entrée vers la Nubie, un point névralgique pour le commerce et les expéditions militaires.
Début de la Construction : Vers 1264 av. J.-C.
La construction du complexe a débuté vers 1264 av. J.-C. et s’est étalée sur 20 ans, jusqu’en 1244 av. J.-C. Certains historiens proposent des dates légèrement différentes (1244-1224 av. J.-C.), en fonction des interprétations des motivations de Ramsès II.
Un monument taillé dans la roche : Contrairement aux temples classiques, Abou Simbel a été sculpté directement dans une falaise de grès, près de la deuxième cataracte. Une prouesse technique qui témoigne de l’ingéniosité des bâtisseurs égyptiens et de leur volonté de créer un monument éternel.
La façade du Grand Temple est dominée par quatre statues colossales de Ramsès II, chacune haute de 20 mètres, assises sur des trônes ornés de hiéroglyphes. Chaque statue porte la double couronne de Haute et Basse-Égypte, symbole de son pouvoir absolu.
Une hiérarchie familiale en pierre :
• Aux pieds des colosses, des statues plus petites représentent Néfertari (son épouse), Mout-Touy (sa mère), et ses enfants.
• Les statues féminines atteignent les genoux du pharaon, tandis que celles des enfants sont encore plus petites, illustrant la hiérarchie familiale égyptienne.
À l’intérieur, les murs sont couverts de bas-reliefs racontant les victoires militaires de Ramsès II, notamment la bataille de Qadesh (1274 av. J.-C.), où le pharaon est représenté écrasant ses ennemis hittites.
Dans le sanctuaire, quatre statues sont assises :
• Ramsès II divinisé,
• Amon-Rê,
• Rê-Horakhty,
• Ptah (toujours dans l’ombre, car associé aux ténèbres).
Deux fois par an, aux premières lueurs de l’aube, les rayons du soleil pénètrent dans le temple sur 60 mètres, illuminant trois des quatre statues du sanctuaire (Amon-Rê, Ramsès divinisé, Rê-Horakhty). Ptah reste dans l’ombre, un choix délibéré lié à son association avec le monde souterrain.
Un calendrier astronomique : Ces dates correspondent approximativement à l’anniversaire du couronnement de Ramsès II et à son anniversaire de naissance.
Le Petit Temple d’Abou Simbel est dédié à Néfertari, l’épouse bien-aimée de Ramsès II, et à la déesse Hathor. Sa façade présente six statues colossales :
• Quatre statues de Ramsès II,
• Deux statues de Néfertari, de taille égale à celles du pharaon (environ 6,5 mètres).
Un symbole d’amour et de respect : Cette représentation est exceptionnelle dans l’art égyptien, où les reines étaient généralement représentées à une échelle bien inférieure à celle du pharaon.
À l’origine, le temple était dédié à Hathor, déesse de l’amour, de la musique et de la maternité. Ramsès II l’a transformé en hommage à Néfertari, qui s’identifiait à cette divinité.
Des chapiteaux Hathoriques : Les six piliers de la salle hypostyle portent le visage de Hathor, symbolisant son aspect maternel et céleste.
Les bas-reliefs illustrent :
• La déification du roi,
• La destruction de ses ennemis (avec Néfertari à ses côtés),
• Néfertari jouant du sistre (instrument sacré associé à Hathor).
Une scène unique : Néfertari a le privilège rare d’officier devant les divinités, un rôle habituellement réservé au pharaon.
Dans les années 1960, la construction du haut barrage d’Assouan menaçait de submerger les temples. L’UNESCO a lancé une campagne internationale pour les sauver.
Une opération sans précédent :
• 1 036 blocs de 20 à 30 tonnes chacun ont été découpés, numérotés et documentés.
• Déplacés 65 mètres plus haut et 200 mètres plus loin du fleuve.
• Reconstruits avec une précision millimétrique pour préserver l’alignement astronomique.
Les architectes ont recalculé la position des temples pour maintenir le phénomène solaire. Résultat : il se produit désormais avec un décalage d’un seul jour par rapport à l’original.
Les Chiffres Impressionnants du Chantier (1964-1968)
• Coût total : 40 millions de dollars (équivalent à 300 millions aujourd’hui).
• Durée : 4 ans.
• Experts mobilisés : 50 pays.
• Volume de roche artificielle : 330 000 m³ pour recréer la montagne.
Sur la jambe gauche d’un des colosses, une inscription en grec ancien datant de 591 av. J.-C. : "Lorsque le roi Psammétique vint à Éléphantine, ceci fut écrit par ceux qui naviguèrent avec Psammétique, fils de Théoclès." En face, sur la jambe droite du second colosse, figurent quatre inscriptions phéniciennes, témoignant des échanges culturels de l’époque.
Les Statues Non Restaurées Volontairement
Le colosse effondré à l’entrée du Grand Temple n’a pas été restauré. Effondré peu après sa construction (probablement lors d’un tremblement de terre), il a été laissé dans sa position originale lors du déplacement des temples.
L’axe du temple a été positionné pour que, deux fois par an (22 février et 22 octobre), les rayons du soleil illuminent le sanctuaire pendant 20 minutes.
Les Enfants Royaux Représentés à Leurs Pieds
Aux pieds des colosses de Ramsès se trouvent des statues de sa famille :
• Néfertari (son épouse),
• Mout-Touy (sa mère),
• Ses deux premiers fils (Amun-her-khepeshef et Ramsès B),
• Ses six premières filles.
Aucune de ces statues ne dépasse la hauteur des genoux du pharaon, illustrant la hiérarchie familiale.
Certains bas-reliefs intérieurs sont restés inachevés, révélant les étapes de création :
• Esquisse,
• Sculpture préliminaire,
• Finition.
Cela suggère que le temple était encore en cours de décoration lorsque les priorités de construction ont changé.
Ramsès II a choisi la Nubie pour affirmer la puissance égyptienne dans cette région stratégique et riche en ressources. Le temple servait à impressionner les Nubiens et à marquer la frontière sud de l’empire.
Deux fois par an, les 22 février et 22 octobre, les rayons du soleil pénètrent jusqu’au sanctuaire, illuminant les statues d’Amon-Rê, Ramsès divinisé et Rê-Horakhty pendant 20 minutes. Ptah reste dans l’ombre, car associé aux ténèbres.
Il présente des statues de Néfertari de taille égale à celles de Ramsès II, ce qui est très rare dans l’art égyptien. Il est dédié à Néfertari et à la déesse Hathor, soulignant l’importance accordée à la reine.
L’UNESCO a orchestré une opération de sauvetage entre 1964 et 1968 : les temples ont été découpés en blocs, déplacés et reconstruits 65 mètres plus haut et 200 mètres plus loin du fleuve.
• Graffitis grecs anciens sur la jambe d’un colosse.
• Une statue effondrée volontairement non restaurée.
• Des reliefs inachevés révélant le processus de création.
• Représentations des enfants royaux aux pieds des colosses.
Un Voyage à Travers le Temps Abou Simbel est bien plus qu’un monument archéologique : c’est un chef-d’œuvre d’architecture, d’astronomie et de symbolisme religieux. Ramsès II y a gravé sa puissance divine, son amour pour Néfertari, et sa volonté de défier le temps.
Le sauvetage des temples dans les années 1960 prouve leur valeur inestimable pour l’humanité. Aujourd’hui, ils continuent d’émerveiller les visiteurs, offrant un voyage immersif dans l’Égypte antique, où l’art, la science et la spiritualité se rencontrent.
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